les chemins du paysage

Blandine Galtier pratique la gravure en taille douce, en ayant recours à la combinaison de différentes techniques : eau forte, aquatinte, gaufrage, carborundum, chine-collé, manière noire… Au cuivre, elle préfère le zinc au caractère plus malléable et plus tactile. Sans doute aussi en raison du statut de matériau ordinaire du zinc de toiture, que la gravure vient ennoblir. Lorsqu’elle expose ses estampes, elle met d’ailleurs en regard les matrices, qu’elle considère parties intégrantes de l’œuvre. Utilisant non seulement la pointe sèche, mais aussi le procédé de morsure de la plaque sous l’action de la chimie, elle substitue l’emploi d’un sel, le sulfate de cuivre, à celui de l’acide nitrique conformément aux principes de la gravure non toxique. Elle s’est d’emblée formée à cette dernière aux côtés d’Henrik Boegh, auteur d’un ouvrage méthodologique de référence.

Les « paysages manufacturés » ou façonnés par l’homme jalonnent son œuvre d’artiste graveur. L’acte même de bâtir s’y trouve magnifié. Evacuée, la présence de l’homme ne se manifeste qu’à travers les traces bâties et l’empreinte qu’il laisse sur son environnement, se situant ainsi dans un registre mémoriel, qui la sublime. La représentation des infrastructures routières et aéroportuaires illustre le phénomène d’anthropisation des paysages sur fond d’urbanisation et de modernité conquérantes. Les paysages esquissés témoignent aussi d’un imaginaire hanté par des souvenirs d’enfance ou d’adolescence, tels les paysages de la raffinerie de Feyzin, fascinants de nuit et maintes fois épiés depuis l’autoroute ou les « campagnes hallucinées » et les « villes tentaculaires » d’E. Verhaeren.

Le trait met en valeur les lignes de force du paysage ou ses composantes esthétiques, en le réinterprétant à l’aune de sa puissance poétique et de l’émotion qu’il suscite. Les règles de représentation, fixées dans chaque série d’œuvres à l’instar d’un protocole, orientent le regard à son insu. Tandis que le dessin puise dans le réel, l’exploration du langage plastique de la gravure, que nourrit entre autres la référence affinitaire à l’œuvre de graveur de Pierre Soulages, ouvre le chemin vers l’abstraction. La profondeur des noirs accentuée par le creusement et la morsure de la plaque est souvent recherchée. Dans la série Natures mortes, il est cassé par une pointe de bleu qui crée un univers froid revêtu de silence. Le blanc du papier est appréhendé dans sa texture plutôt que réduit au seul rôle de support lissé à l’impression. Le gaufrage en révèle les qualités intrinsèque, comme l’estompe de la cuvette, empreinte laissée sur le papier par l’épaisseur de la plaque gravée. Disputant à l’encre sa prééminence, le gaufrage devient parfois aussi le trait le plus saillant, tel celui des emprises aéroportuaires africaines. Le jeu de teinte sur les différents niveaux de gris graphite instaure alors un dialogue subtil avec les légères ombres portées de son relief. Dans ce chemin vers l’abstraction, l’épure de la représentation et la décantation du réel se mêlent à la recherche d’un univers plastique singulier, auquel les techniques de gravure se trouvent assujetties.